Et si l’autre nous aidait à voir l’essentiel ? - Ingérence théologique et inculturation - Pierre Diarra

samedi 7 juin 2008

Et si l’autre nous aidait à voir l’essentiel ? Ingérence théologique et inculturation

En quittant son pays pour un autre afin d’y proposer l’Évangile, le missionnaire arrive dans un milieu qu’il connaît très peu. Comment va-t-il proposer l’Évangile et éventuellement aider les autochtones à inculturer l’Évangile dans leur pays ? Il n’attendra pas de bien connaître le milieu pour parler de Jésus-Christ et des manières possibles de vivre de la foi chrétienne. L’étranger, tout comme l’autochtone, se laisse fasciner par le regard de l’Autre. Au niveau de la communauté chrétienne, se pose cette question : le regard de l’autre peut-il faciliter l’accueil de la Parole de Dieu, l’expression de la foi chrétienne et son inculturation ? Ne faut-il pas plutôt parler d’ingérence théologique, dans la mesure où les propositions théologiques de l’étranger risquent de ne jamais être pertinentes, contextualisées ?

Si le missionnaire arrivait autrefois dans un pays plus ou moins conquis, compte tenu de la colonisation, aujourd’hui, il arrive en pays étranger, indépendant. Il est davantage conscient qu’il a autant à recevoir qu’à donner , même si pour lui la Bonne Nouvelle qu’il vient proposer est inestimable. Souvent on lui fait sentir qu’il est étranger : il doit obtenir les papiers nécessaires pour séjourner dans le pays, avoir un métier dans certains cas, apprendre la langue, les manières de communiquer. Il est invité à être tout yeux, tout oreilles, pour essayer de comprendre les coutumes, les manières de vivre , ce qu’on attend de lui en tant que personne humaine, chrétien, membre d’une communauté chrétienne, laïc ou clerc. C’est une saine démarche pleine d’humilité, pour l’étranger comme pour l’autochtone, que celle qui consiste à dire : voici ce que telle culture, différente de la mienne, m’a apporté et appris. Tout en payant sa dette d’enrichir les autres, l’un comme l’autre reçoit la possibilité de vaincre des préjugés que nous savons tenaces.

La distance avec l’autre, au lieu d’être abolie par l’expérience des rencontres, est révélateur de l’altérité, de ce que chacun est, l’autochtone comme l’étranger. C’est ainsi que l’on sent le plaisir du Divers, sans jamais assimiler jusqu’au bout les mœurs, les réactions, la façon dont les autres présentent les choses, ce qu’il y a de plus impénétrable chez les autres : logique de présentation des manières d’exprimer, une sorte de dynamique qui suscite l’intérêt au cœur de la rencontre où l’interaction favorise la compréhension mutuelle entre les interlocuteurs . Une relation de vie plus ou moins amicale, parfois sur fond d’exclusion, se tisse entre cet étranger et les habitants d’un même village ou d’un même quartier. Une vie fraternelle s’organise entre l’étranger et les autochtones, celui qui arrive et les personnes qui accueillent, prévenues peut-être à l’avance et ayant ou non donné leur avis sur la possibilité et les modalités de l’accueil de ces nouveaux membres. Selon les intérêts des uns et des autres, la vie des groupes et des individus va progressivement intégrer celle de l’étranger, les uns et les autres faisant attention à l’autre et celui-ci essayant de ne blesser personne pour se faire mieux accepter.

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Un article de Pierre Diarra dans le numéro 154 - Hors-Série de Mission de l’Eglise (janvier-mars 2007)

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